Les Jeux paralympiques de Paris 2024 vus par les entraîneurs nationaux
Les entraîneurs de l’équipe de paracanoë livrent leurs témoignages sur la préparation paralympique et le déroulement des épreuves des Jeux olympiques.
Ils sont trois :

• Éric Le Leuch entraîneur et directeur de l’Equipe de France paracanoe pour les Jeux de Tokyo de 2017 à 2021 puis entraîneur et directeur de performance adjoint paracanoë pour les Jeux de Paris de 2021 à 2024. Entraîneur de Eléa Chavet et de Abel Aber. Quatrième en C1 1000 aux JO de Sydney 2000.

• Jean Pascal Crochet Entraîneur National sprint de 2004 à 2018 et directeur de l’équipe sprint de 2018 à 2021. Entraîneur national paracanoë depuis octobre 2023. Entraîneur de Nélia Barbosa.

• François Maucourant entraîneur national paracanoë aux Jeux paralympiques de Rio. Entraîneur national paracanoë depuis septembre 2022. Entraîneur de Rémy Boullé.
L’équipe médicale et paramédicale :
• Vivien Nagode médecin de l’Équipe de France paracanoë depuis 2021, présent aux Jeux de Paris.
• Guillaume Graux kinésithérapeute depuis 2017 de l’Equipe de France paracanoë, présent aux Jeux de Tokyo et de Paris.
• Joël Lavillard kinésithérapeute sur les stages de préparation et les compétitions internationales depuis 2021.
La préparation mentale et physique :
Les athlètes ont bénéficié du soutien de psychologues et de préparateurs mentaux du sport pour les aider à gérer le stress et à optimiser leur concentration dans l’environnement foisonnant des Jeux à domicile.
Conçus par les préparateurs physiques référents des athlètes, des programmes d’entraînement personnalisés ont été mis en place pendant toute la préparation. Les objectifs visaient à maximiser la puissance et la récupération compte tenu des efforts exigeants des courses de 200 m.
Des Jeux à domicile, avantages, inconvénients
Les Jeux Olympiques et Paralympiques ont été de l’avis de tous, acteurs et spectateurs, une réussite concernant l’organisation et le déroulement. Ce fut également le cas pour les épreuves de paracanoë du 6 au 8 septembre 2024. Ces Jeux, organisés à domicile, ont été l’occasion pour nos athlètes de réussir à se surpasser et de bénéficier d’une préparation large couvrant les aspects sportifs tels que l’accompagnement technique, médical et logistique, mais également les aspects plus éloignés de la performance mais nécessaires à la bonne réalisation du projet, comme le suivi socio-professionnel.
Nous avons fait le choix d’être hébergé dans un hôtel à proximité du bassin afin d’éviter les trajets entre Vaires-sur-Marne et le village paralympique de Saint-Denis (entre 50mn et 1h de route en bus non climatisé). Les retours d’expérience des Jeux Olympiques nous ont permis de conforter cette option en juillet.
Nous avions bien intégré qu’avoir les Jeux à la maison pouvait être un avantage mais également une source potentielle de pression supplémentaire. Ces points avaient été abordés en amont et travaillés spécifiquement lors d’un webinaire du Comité Paralympique et Sportif Français (CPSF) par exemple lors d’une formation avec la présence des journalistes et attachés de presse en présentiel au stage de Temple sur Lot, en novembre 2023, avec l’appui de la Maison Régionale de la Performance de Nouvelle Aquitaine.
En ce qui concerne le fameux « home advantage », et suite aux résultats olympiques de l’aviron et du canoë-kayak Sprint obtenus en juillet-août, nous avions compris que la présence sur le bassin olympique au quotidien n’était pas gage de réussite.
Malgré les dispositifs brise-vagues, nous savions que le vent et les vagues pouvaient interférer sur les performances. Nous les avions largement testés sous toutes ses configurations et connaissions bien leurs effets. Bien sûr, à côté de ces aléas, l’atout d’avoir un large public pour nous porter n’était pas négligeable à condition de ne pas se mettre trop de pression et de savoir « rester dans sa bulle ».
Stratégie de préparation sur trois ans
A l’issue des Jeux de Tokyo, un bilan complet a été réalisé avec l’aide de l’Agence Nationale du Sport (ANS / méthode ORFEVRE1) pour valoriser ce qui avait bien fonctionné et identifier les points à améliorer. C’est donc à partir de ce bilan que les objectifs, puis les moyens pour les atteindre ont été déclinés et définis avec les huit athlètes déjà présents sur la période 2017 / 2021 et six autres sportifs émergeants.
L’ouverture du collectif France a été réalisée en 2021-2022, (10 athlètes suivis) puis la préparation progressivement s’est concentrée autour des quatre athlètes médaillés en 2021 et 2022. Les moyens ont été concentrés autour des projets des « athlètes médaillés » et sur des athlètes en progrès qui ont été associés. Finalement 7 athlètes ont été suivis.
L’encadrement du collectif a été renouvelé avec l’arrivée successive de nouveaux entraineurs nationaux François Maucourant en octobre 2022 et Jean Pascal Crochet en octobre 2023 pour renforcer l’équipe d’encadrement en direction des athlètes médaillés. Ces « renforts » étaient des entraîneurs expérimentés connaissant déjà le contexte des Jeux précédents.
Actions et stages de détection
La détection spécifiquement paracanoë s’est organisée sur plusieurs plans. Tout d’abord avec les clubs FFCK qui accueillent régulièrement du public en situation de handicap. Grace au réseau d’entraineurs de club « sensibilisés au paracanoë », les futurs talents sont orientés vers les stages régionaux paracanoë (Grau du Roi, Mulhouse, Boulogne sur Mer, etc…) et les stages nationaux paracanoë « La Relève » à Vaires sur Marne.
Un autre dispositif particulier a été mis en œuvre avec le CPSF depuis 2018. Il consistait à inviter des personnes en situation de handicap et ayant un futur projet sportif paralympique de compétition, à venir participer à des journées de détection et de sélection sur un plateau sportif pour y réaliser des tests physiques et des entretiens. A l’issue de ces journées les sportifs étaient orientés vers les fédérations et le sport approprié à leurs dispositions et leur handicap.
S’agissant des lieux d’entrainement : la Guadeloupe, Temple-sur-Lot et Vaires sur Marne ont été testés dès 2018 et validés pour la préparation de Tokyo en 2021. Nous avons renforcé le nombre de stages sur ces trois sites : hiver en Guadeloupe de décembre à Mars puis Temple et Vaires-sur-Marne en alternance d’avril à novembre.
Sélections et constitution du groupe 2024
La constitution de l’Equipe de France paralympique pour Paris 2024 s’est effectuée en 2 temps en 2023 et 2024. La sélection pour les Jeux Paralympiques a débuté lors des championnats du Monde 2023 à Duisbourg. A cette occasion six quotas non nominatifs ont été distribués pour chacune des 10 épreuves ouvertes au programme de Paris 2024 (Top 6 mondial en kayak KL1-2-3 et pirogue VL2-3, H et D) soit un total de 60 quotas. A cette occasion, deux athlètes, Nélia Barbosa et Rémy Boullé ont obtenu deux quotas pour la France.


Lors des championnats du Monde suivants, en mai 2024 à Szeged, quatre quotas non nominatifs supplémentaires ont été distribués par catégorie pour porter le total de qualifiés paracanoë à 100. Deux nouveaux athlètes, Éléa Charvet et Abel Aber, obtiennent alors leur billet pour Paris 2024. Notons que Gabin Keirel (Kayak H) et Eddie Potdevin (Va’a H) échouent dans leur quête en ne passant pas le cap des demi-finales lors de ces championnats du Monde.


Au total, quatre athlètes ont obtenu un quota non nominatif (2 en 2023 + 2 en mai 2024). Conformément aux règles de sélections fédérales ce sont ces 4 athlètes qui sont retenus pour participer aux Jeux de Paris 2024. Il s’agit de Nélia Barbosa (KL3D), Éléa Charvet (VL3D), Rémy Boullé (KL1H) et Abel Aber (VL3H) à parité deux femmes et deux hommes. Trois entraîneurs sont désignés pour les accompagner durant la préparation finale. Les deux kayakistes médaillables avec chacun un entraîneur dédié et les deux piroguiers « objectif finale » avec un même entraîneur.
Un choix d’une préparation personnalisée
Pour Éric Le Leuch la préparation des deux athlètes Éléa et Abel, tous deux classés VL3, est individualisée avec un socle commun sur la préparation physique mais des séances différenciées en pirogue et une approche des aspects mentaux particulières pour chacun des athlètes compte tenu de leurs caractéristiques très différentes (jeune femme encore peu expérimentée pour Éléa et homme mûr au gros passé sportif pour Abel).
Les deux athlètes ont testé plusieurs pirogues au cours de la saison 2024 pour s’orienter sur des modèles, coloris et calages personnalisés. Pour les pagaies simples, les choix se sont orientés vers des pagaies de canoé sprint, plutôt que de Va’a, adaptées à la morphologie de chacun des pagayeurs (caractéristiques manche et pale).
Pour Jean-Pascal Crochet en charge de la préparation et du suivi de Nélia Barbosa (classée KL3D). Suite aux évolutions du collectif (changement d’entraîneur et composition d’équipe) et dans la perspective de réaliser une performance sur un événement unique, les Jeux à la maison, il était nécessaire de créer une relation entraîneur-entraîné forte. Cela permit de mettre en évidence les qualités et les sources de plaisir de Nélia.
La préparation physique et technique s’est orientée très fortement sur les points forts de Nélia, pour lui permettre de reprendre confiance en elle et de trouver du plaisir. Nélia apprécie la confrontation. Pour elle, c’est un jeu. Pour cela, nous avons choisi d’organiser un stage à Séville avec les Anglaises et les Anglais, une première pour les équipes de France et un stage très riche d’enseignement pour l’équipe de France, notamment pour ce qui concerne la programmation des entraînements.
Pour François Maucourant : Préparation et suivi de Rémy Boullé (classé KL1H). La stratégie de course a résidé en la mise en place d’un très gros départ et le maintien le plus longtemps possible à cette vitesse. Il en a découlé une préparation très axée sur un travail d’efficacité du “Start” et la résistance à l’effort (à la fatigue musculaire lactique).
L’optimisation des séances consistait aussi à :
• Éviter de “perdre” son temps sur les transferts (fauteuil-bateau et autres),
• Protéger l’athlète de manière générale compte tenu de la fragilité de l’état de santé de Rémy (athlète paraplégique).
Son état de santé pouvait se détériorer assez fréquemment notamment à cause d’infections très régulières. Une vigilance accrue quant à l’hydratation et la récupération a été instaurée. Une fatigue inhabituelle s’est fait ressentir dans le dernier mois de préparation.
L’accompagnement physique de Boris Maret (préparateur mental) et de Maxime Beaumont (planificateur) a été déterminant dans l’engagement de Rémy lors des courses aux Jeux Paralympiques.
Aspects matériels : De fréquentes remises en question de son placement dans le bateau suivies d’évolutions ergonomiques notamment du poids de sa coque de siège ont été bénéfiques. Le principal dilemme qui s’est posé concernait l’optimisation du poids général du bateau tout en assurant un bon calage du bassin et une rigidité suffisante. Cette optimisation du placement de Rémy dans son bateau a nécessité, un mois avant les courses, que nous ouvrions une trappe sur le pont avant pour éviter les frottements de ses pieds.
Des innovations
Pour Éric Le Leuch l’utilisation d’outils sur le retour d’entrainement (même à distance avec Playsharp2) et le ressenti des athlètes a permis d’adapter et d’organiser la préparation de chaque sportif En effet, il est important de respecter l’équilibre entre entrainements/fatigue et repos/régénération pour progresser.
Cela passe également par de l’innovation ; par exemple, la proposition d’activités qui permettent à l’athlète de rester à un haut niveau d’investissement sans tomber dans la routine et le désintérêt d’une pratique spécifique en pirogue trop routinière :
• aérobie à vélo pour les athlètes amputés d’une jambe ;
• utilisation de sac de frappe ;
• travail spécifique en pirogue avec freins, parachute afin de varier les difficultés et créer des situations d’adaptation utiles en compétition, etc.
Le staff paracanoë a également poursuivi le travail avec les centrales inertielles via GPS (PHYLING) pour l’analyse des courbes d’avancement, de fréquence gestuelle et d’efficacité du coup de pagaie.
Pour Jean-Pascal Crochet la technique de propulsion étant très liée à la vitesse de déplacement, nous avons choisi d’utiliser dans la programmation beaucoup de travail à vitesse de course pour développer cette habileté. Ceci tout en faisant varier cette vitesse avec des parachutes ou des freins mais aussi avec l’utilisation d’une petite turbine propulsive pour explorer des vitesses supérieures (travail en survitesse). L’utilisation d’une turbine a permis à Nélia d’explorer et faire évoluer sa technique pour des vitesses qu’elle n’atteindra que lorsqu’elle sera en très grande forme autant dire seulement lors de la course des Jeux. Ce qui fut un bon choix puisque des records ont pu être battus pendant les Jeux de Paris 2024.
D’un point de vue matériel, nous avons très vite, en février 2024, gagné du poids dans le bateau de Nélia en fixant sa prothèse à l’intérieur du bateau. Un kilo et demi est une masse non négligeable. Ceci a permis à Nélia de jouer plus efficacement sur ses qualités et de mieux rivaliser avec ses principales concurrentes.
Pour François Maucourant, sur quelques séances, nous avons pu utiliser la turbine pour faire travailler Rémy en survitesse sur l’eau. Par ailleurs, l’utilisation des tests HRV3 concernant l’évaluation des états de fatigue post-entraînement a été un outil très efficace sur Rémy. Ces tests ont permis de corriger et d’ajuster quelques séances habituellement programmées.
Concernant le renforcement musculaire, un travail spécifique pour la ceinture abdominale a été imaginé avec l’électrostimulation (EMS4) dans des périodes bien définies.
Analyse des courses aux Jeux
Pour Éric Le Leuch les courses de pirogue en catégories VL3 H et F (respectivement Abel et Éléa) sont très souvent serrées et disputées. Ce sont d’une part les courses avec le plus grand nombre d’inscrits sur les championnats ou lors des coupes du monde et d’autre part ce sont les épreuves où quasiment tous les concurrents possèdent le même handicap (amputation fémorale d’une jambe). De ce fait, le facteur classification intervient très peu et c’est le niveau sportif et de performance de chaque athlète qui fait la différence en termes de résultats.
Pour la course en VL3 F, les deux anglaises favorites, Charlotte Henshaw et Hope Gordon (championnes du monde et vice-championnes du monde 2023 et 2024) se classent respectivement 1e et 2e, sans surprise. Le podium est complété par la Chinoise Yongyuan Zhong, 5e des mondiaux 2024 qui fait une bonne opération.

Éléa réalise 3 courses en progression (série, demi-finale et finale) et remporte la finale B en réalisant une course offensive et son meilleur chrono (1’01″65). Il y a bien sûr un peu de regret sur la demi-finale mais ses chronos ne lui permettaient pas d’accéder à la finale paralympique à huit concurrents. Elle finit donc 9e de ses premiers Jeux Paralympiques et peut être fière de sa performance en finale dans le contexte très exposé de Paris.
La course des VL3 H est remportée par l’Ukrainien Vladyslav Yepifanov champion du Monde et d’Europe 2023 et 2024. L’anglais Jack Eyers, vice-champion du monde 2023 prend la seconde place. Le Néo-Zélandais Peter Cowan, vice-champion du monde 2024 s’empare de la 3e place devant l’Australien Curtis Mac Grath, champion paralympique à Tokyo, 3e des Mondiaux de 2023 et quadruple champion paralympique au total (sur 3 Jeux successifs).

Abel réalise trois courses de très haut niveau (série en 50″78, demi-finale en 50″81 et finale en 49″35). Pour ses premiers Jeux, il obtient une belle 6e place à 1″07 du podium.
Dans ces deux courses VL3 F et VL3 H, il n’y a pas vraiment de surprises avec des victoires et des podiums réalisés par des athlètes habitués des victoires et des podiums.
Pour Jean-Pascal Crochet. En KL3 F, la catégorie est dominée par l’anglaise Laura Sugar, mais l’allemande Felicia Laberer et l’autre anglaise Hope Gordon sont aussi redoutable. Nélia joue sur ses qualités : sa capacité à être présente le jour J et son excellent rapport poids / puissance digne de la plus grande sprinteuse de tous les temps : Lisa Carrington chez les valides. En paracanoë, la qualité physique principale est la puissance. Nélia a le potentiel pour s’imposer devant les meilleures de sa catégorie dont elle fait partie à condition d’encore améliorer sa puissance.

Pour François Maucourant. Dans la catégorie KL1 H, dès l’annonce de la mise en série pour l’accessibilité aux demi-finales et aux finales lors des Jeux, Rémy apprend qu’il se retrouve avec l’athlète hongrois Peter Kiss qu’il n’a jamais battu. Cela lui met la pression. En série, l’accès direct à la finale ne pouvant se faire que pour le premier bateau, il se voit obligé de passer par une demi-finale qui se dispute une heure vingt avant la finale. Cette course supplémentaire le perturbe et pose un problème d’équité lors de la finale : les deux athlètes directement qualifiés en finale n’auront pas à courir de nouveau juste avant la finale. Rémy espérait faire mieux qu’à Tokyo en 2021 (médaillé de bronze). Ce tirage l’a directement mis en difficulté par rapport à cet objectif.

Le travail effectué par Rémy devait lui permettre d’accéder à la médaille d’argent s’il n’était pas tombé d’emblée sur la série la plus difficile avec le meilleur kayakiste du moment déjà champion paralympique et mondial. Lors de sa série, Rémy réalise un meilleur chrono de 7 dixièmes que le vainqueur de la seconde série, le brésilien Luis Cardoso. Ce dernier fera la bonne opération du jour en s’évitant une demi-finale couteuse en énergie. La programmation n’était vraiment pas équitable pour les six demi-finalistes.
La gestion du temps d’attente précédant la finale fut déterminant. Pris en charge par Boris Maret le préparateur mental et par Maxime Beaumont, Rémy fut redynamisé pour sa finale. La proximité de la maison des sports de pagaie (siège de la FFCK) lui a permis de s’isoler dans une des salles et de se « refaire une santé » avant la course.
Lors de sa finale, Rémy réalise un bon start et restera 120 mètres au coude à coude avec le chanceux brésilien. La différence se fera sur les 50 derniers mètres, il terminera à six dixièmes de son objectif argenté et à 1″50 du grand favori Hongrois. Rémy laisse son suivant à près de 2″. L’énergie qui a manqué pour le finish avait dû être dépensée en demi-finale, une heure plus tôt. Il réalisera son meilleur chrono en finale (47″01). Monter sur le podium fut néanmoins une belle consolation pour lui et toute l’équipe.
Les perspectives
Les performances des athlètes Français en paracanoë aux Jeux paralympiques de Paris 2024 témoignent d’un excellent niveau de préparation et d’un potentiel qu’il sera nécessaire d’étoffer pour l’avenir. Les Jeux de Los Angeles 2028 représentent un nouvel objectif ambitieux pour l’équipe qui pourra s’appuyer sur l’expérience de Paris 2024 pour progresser et rivaliser avec les meilleures nations. Le système de détection et de transfert de talents d’athlètes performants dans d’autres para-sports réorientés et découvrant le paracanoë est particulièrement développé et performant.
Côté concurrence, évaluée au nombre de médailles hiérarchisé Or-Argent-Bronze, la Grande Bretagne est la meilleure nation en paracanoë comme lors des précédents championnats du monde et Jeux paralympiques. Le Brésil, 2ème au rang des nations puis l’Australie et l’Ukraine 3ème ex-æquo, complètent ce podium.
Derrière, Chili, Algérie et Hongrie sont également titrés. Dans ce classement, la France sans médaille d’or n’apparait qu’au 8ème rang. Elle se classe 6ème au nombre total de médailles (2) derrière la Grande-Bretagne (8), le Brésil (4), l’Australie, l’Ukraine et l’Allemagne (3 chacun). Au total, 30 pays étaient représentés lors de ces Jeux parisiens et 13 ont été médaillés.
L’évolution du programme paracanoë
Pour Eric Le Leuch. Je souhaite l’ouverture à de nouvelles distances de courses (500m), à des courses d’équipage en K2 et V2 qui existent en France au niveau national et à la prise en compte de nouveaux types de handicap qui permettraient à de nouveaux profils d’athlètes d’émerger et de pratiquer le paracanoë. (Malvoyant, prise en compte du membre supérieur dans le calcul des classifications, etc…).
Pour François Maucourant. Les distances de courses sont bonnes même si j’aurai aimé que l’on puisse tester le 100 mètres pour le spectacle. Une autre orientation qui pourrait mettre en valeur la discipline serait la mixité dans les équipages (par exemple mixité dans les handicaps avec un mal voyant et un amputé) avec attribution de points pour garder des catégories cohérentes.
Des anecdotes
Pour Éric Le Leuch. Lors de la fin de la cérémonie d’ouverture des Jeux Paralympiques le 28 août 2024, l’arrivée non prévue et impromptue d’Emmanuel MACRON en bas de la tribune des athlètes et au sein de la délégation Française paralympique. Rapidement un petit attroupement se constitue pour les traditionnelles photos, selfies, vidéos sur lesquelles on distingue Brigitte MACRON sur les genoux de qui ?… de Rémy BOULLÉ bien sûr qui l’avait tirée par le bras pour qu’elle s’assoie ! Les Jeux étaient lancés et commençaient très forts !
Pour Jean-Pascal Crochet. Plutôt qu’une anecdote, ce sera une image qui me restera de ces Jeux. Un large et sincère sourire de Nélia lorsqu’elle quitte le ponton pour aller « jouer » sa finale devant plus de 10 000 spectateurs chez elle à Paris 2024. Quel sang-froid et quelle leçon de détermination !
Pour François Maucourant. D’abord, je retiendrais le côté très professionnel de Rémy à anticiper de manière générale sur les orientations à prendre pour optimiser ses entrainements. Ceci dit, voici une anecdote qui m’a sidéré. Un soir, on est rentré dans sa chambre vers 23H, je me suis retrouvé avec le kiné à aspirer le plafond avec un aspirateur… Rémy avait laissé la fenêtre ouverte durant la journée et des milliers de moucherons y avaient élu domicile. Quelle galère mais quelle rigolade !
Moins drôle. On a été obligé de refaire à l’arrache une partie du pont avant du kayak de Rémy car il venait tout juste de se rendre compte que ses pieds frottaient (je rappelle que du fait de son handicap, ses membres inférieurs sont insensibles). Cette opération a engendré la découpe du pont suivie d’une reconstruction artisanale du pont avec surélévation…
Il convient d’enrichir notre histoire commune en faisant aussi connaître les problématiques d’entraîneurs.
Les coachs paracanoë (décembre 2024)
Éric Le Leuch Jean-Pascal Crochet et François Maucourant
Témoignages recueillis par Jean-Paul Cézard
Les témoignages n’engagent que leurs auteurs
